Un parent qui demande combien de temps son enfant devrait passer sur ses devoirs attend un chiffre. La réponse honnête tient en trois constats : aucun texte français ne fixe de durée, les devoirs écrits sont officiellement proscrits à l’école élémentaire depuis 1956, et la recherche internationale converge vers un repère simple — une dizaine de minutes par année de scolarité, avec un seuil au-delà duquel le temps supplémentaire ne rapporte presque plus rien. Le sujet mérite mieux qu’un débat pour ou contre. Ce qui se joue dans le temps devoirs maison élève, c’est à la fois une question de santé (fatigue, sommeil, temps libre), une question d’apprentissage (que consolide-t-on réellement ?) et une question d’équité, puisque ce travail est fait hors du regard de l’enseignant, dans des conditions familiales très inégales. Voici ce que disent les textes, les données et le terrain. Sommaire Ce que dit vraiment la règle française Combien de temps selon l’âge : les repères de la recherche À quoi servent vraiment les devoirs ? Le point aveugle : les devoirs et les inégalités Rendre ce temps réellement utile Questions fréquentes Ce que dit vraiment la règle française Beaucoup de parents découvrent la règle au détour d’une conversation de cour d’école, et n’y croient pas. Elle existe pourtant, elle est ancienne, et elle a été réaffirmée plus de quatre fois en un demi-siècle. « Aucun devoir écrit » : une interdiction née en 1956 Après l’arrêté du 23 novembre 1956 qui réaménage les horaires de l’école primaire et intègre le travail écrit dans le temps de classe, la circulaire du 29 décembre 1956 supprime les devoirs à la maison à l’école élémentaire. Le texte est net : aucun devoir écrit, obligatoire ou facultatif, ne doit être demandé aux élèves en dehors de la classe. Les arguments avancés à l’époque sont déjà ceux d’aujourd’hui : l’efficacité pédagogique douteuse d’un travail effectué sans l’enseignant, et la santé d’enfants dont la journée scolaire est déjà longue. L’administration a dû s’y reprendre à plusieurs fois. Une circulaire de janvier 1958 rappelle le « caractère impératif » des prescriptions de 1956. Celle de décembre 1964 précise que l’interdiction vaut aussi pour le cours préparatoire et, plus largement, pour l’ensemble de l’école primaire. Une nouvelle piqûre de rappel intervient en 1971. Ce feuilleton réglementaire en dit long : la règle n’a jamais été spontanément appliquée. Ce qui reste autorisé en primaire aujourd’hui La circulaire de 1956 a été abrogée en 1994, mais l’interdiction n’a pas disparu pour autant : elle a été reprise par la circulaire n° 94-226 du 6 septembre 1994, qui institue les études dirigées — trente minutes quotidiennes, sur le temps scolaire — et rappelle que les élèves n’ont pas de devoirs écrits en dehors de la classe. Le travail donné à la sortie de l’école se limite à un travail oral ou à des leçons à apprendre. Cette frontière écrit/oral est plus poreuse qu’il n’y paraît. Apprendre une poésie, relire une leçon d’histoire, lire un texte à voix haute, réviser des tables : tout cela est autorisé, et représente déjà un temps de travail réel. Un rapport de l’Inspection générale consacré au travail des élèves en dehors de la classe avait d’ailleurs relevé l’écart persistant entre la lettre des textes et les pratiques observées dans les écoles. Dans les faits, la majorité des élèves de CM rentrent avec quelque chose à faire. Collège et lycée : pas de plafond, mais un cadre implicite Au collège et au lycée, aucun texte ne limite la durée du travail personnel. Chaque enseignant donne ce qu’il juge nécessaire pour sa discipline, sans concertation systématique. Résultat mécanique : un élève de troisième peut se retrouver avec un contrôle de maths, un exposé d’histoire et un chapitre de SVT à réviser pour le même jeudi, sans que personne n’ait fait la somme. Le seul garde-fou institutionnel est le dispositif Devoirs faits, déployé dans tous les collèges depuis 2017 : des temps d’étude accompagnée, sur le temps périscolaire, encadrés par des enseignants, des assistants d’éducation ou des intervenants associatifs, pour que le travail se fasse dans l’établissement plutôt que dans des conditions inégales à la maison. C’est une réponse partielle, mais elle acte un principe : le travail personnel fait partie du métier d’élève, et l’institution ne peut pas se contenter de le sous-traiter aux familles. Combien de temps selon l’âge : les repères de la recherche Puisque la réglementation ne chiffre rien, il faut se tourner vers la recherche. Elle ne donne pas une norme universelle, mais elle dessine des ordres de grandeur cohérents d’un pays à l’autre. La « règle des dix minutes » et ses limites Le repère le plus cité vient des travaux de Harris Cooper (université Duke), dont la synthèse publiée en 2006 dans la Review of Educational Research reste la référence sur le sujet. Sa conclusion tient en une nuance capitale : la relation entre temps de devoirs et résultats scolaires est faible, voire nulle, à l’école élémentaire, et devient nettement plus nette au collège et au lycée. Autrement dit, ce n’est pas la même chose de donner vingt minutes de travail à un CE2 et à un élève de seconde. De là découle la règle des dix minutes : environ dix minutes de travail personnel par jour et par niveau de scolarité, soit une dizaine de minutes en début de primaire, une heure environ en fin de collège, un peu plus au lycée. C’est un repère grossier, pas une prescription. Il ignore les différences de vitesse entre élèves — deux enfants peuvent mettre du simple au double sur le même exercice — et ne dit rien de la qualité du travail demandé. Mais il a un mérite : il donne aux familles et aux enseignants un ordre de grandeur pour repérer les débordements. Tableau de repères par niveau Le tableau ci-dessous croise les repères issus de la recherche et le cadre réglementaire français. Les durées sont indicatives et correspondent à un temps de travail effectif, hors installation,